Briser les codes pour la paix : la voix féminine s'élève dans le Sud de Madagascar

Tsatroly, lors de sa participation aux activités de sensibilisation réalisées dans le cadre du projet

« Avant, je n’osais pas, avant, je ne m’exprimais pas, avant le silence était mon meilleur allié car… je suis une femme », Tsatroly, Présidente du Comité Local Inclusif pour la Paix (CLIP) de la Commune rurale de Marotsiraka.

Dans le Sud de Madagascar, les affrontements entre ethnies Bara et Antandroy autour d’enjeux territoriaux et de ressources minières. Ces tensions sont aussi exacerbées par la pauvreté, et plus récemment, par des vagues de migrations accentuées par les impacts du changement climatique du Sud qui aggravent le manque d’eau. Au milieu de cette réalité complexe, des femmes émergent en tant qu’actrices du changement. Originaire du petit village de Tombonahy dans la commune rurale de Marotsiraka, Tsatroly, une mère de famille âgée de 55 ans, du clan Bara, est l'une des figures féminines marquantes du projet Andriry Milamy.

La paix n'est pas synonyme de silence, mais de courage

Dans la culture Bara, les femmes sont placées sous un régime patriarcal. Tsatroly confie que "Pour les Bara, les femmes sont prises en considération au même niveau que les enfants et ne peuvent s'exprimer librement". Un changement progressif voit pourtant le jour, grâce à des consultations communautaires et des activités de sensibilisation menée par l’ONG Tokotany Iraisana dans le cadre du projet Andriry Milamy, financé par le Fonds des Nations Unies pour la Consolidation de la paix. Les femmes et les jeunes ont été invités à participer activement aux dialogues, une démarche jusque-là peu envisageable. Ces sessions ont été un tournant pour Tsatroly. « L’approche du projet, fondée sur le dialogue, le respect mutuel, l’identité et la communication non violente, m’a profondément touchée », explique-t-elle.

De participante à actrice du changement

Discuter avec les femmes n'a jamais été un souci pour Tsatroly. C'est pour cela que depuis sa participation aux activités, elle a commencé à parler de ses acquis et du projet aux femmes et jeunes de son entourage. Sa dévotion et sa présence discrète, mais significative, pour instaurer une société plus juste, équitable et en paix ont porté leurs fruits. Aux côtés des membres de sa communauté, elle a contribué à la mise en place d'une stèle de la paix à Marotsiraka. Elle a pris part aux initiatives de paix lancées dans sa communauté au mois d'août 2025. Tsatroly est convaincue de l'importance de la participation et l'inclusion des femmes dans les échanges et les prises de décision.

Prendre les rênes

Remarquée pour son enthousiasme, sa motivation et son audace, Tsatroly a été élue présidente du CLIP (comité local inclusif pour la paix) au sein de la commune de Marotsiraka. Elle est aujourd’hui la seule femme élue à ce poste dans tout le pôle d’intervention du projet Andriry Milamy dans cette zone.

L’histoire de Tsatroly illustre la puissance de l’inclusion, du dialogue et de la participation communautaire. Elle démontre qu’avec un accompagnement adapté, les femmes peuvent devenir des piliers incontournables de la paix dans des zones où les conflits ont longtemps façonné les relations sociales. Le projet Andriry Milamy, financé par le Fonds des Nations Unies pour la Consolidation de la paix (UNPBF) et mis en œuvre par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et l’ONG Tokotany Iraisana (TKI) mise sur cette démarche d'inclusion et d'autonomisation des femmes dans le processus de consolidation de la paix.

 

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