Enfants souffrant de malnutrition : ces mères témoignent de leur combat.
Dans le district de Vondrozo, plusieurs mères font face au quotidien à la malnutrition de leurs enfants. Grâce au projet SBC Nutrition mis en œuvre par l'ONG TKI avec l'appui de l'UNICEF, elles ont pu accéder à un suivi nutritionnel, à des soins spécialisés et à des actions de sensibilisation communautaire. Trois d'entre elles nous livrent leurs témoignages.
Minosoa, 19 ans : « Pour mon deuxième enfant, j'ai immédiatement sollicité l'aide de l'agent communautaire »
Dans le quartier de Mahatsinjo Kely, au sein du fokontany de Vondrozo Centre, vit Minosoa, une jeune femme de 19 ans qui assume déjà de lourdes responsabilités familiales. Mariée très tôt, elle a interrompu sa scolarité en classe de cinquième. Aujourd'hui mère de deux enfants et enceinte d'un troisième, elle fait face à de nombreux défis, mais reste déterminée à construire un avenir meilleur pour ses enfants.
Mère attentionnée et méticuleuse quant à la santé de ses enfants, Minosoa suit de près l'évolution de sa deuxième fille, Abeline, âgée d'un an et trois mois, actuellement prise en charge pour malnutrition aiguë modérée (MAM) par l'agent communautaire. Son fils aîné, âgé de deux ans et huit mois, est quant à lui entièrement vacciné. Les deux enfants disposent d'un carnet de santé et font l'objet d'un suivi régulier.
L'expérience vécue avec son premier enfant l'a profondément marquée. Après l'arrêt de l'allaitement à un an, l'enfant avait commencé à perdre du poids, mais Minosoa ignorait alors l'existence de services de prise en charge de la malnutrition et n'avait consulté aucune structure de santé.
« Je ne savais pas qu'il existait des services pour les enfants souffrant de malnutrition. Pour mon deuxième enfant, j'ai été informée et j'ai immédiatement sollicité l'aide de l'agent communautaire lorsque j'ai constaté qu'un suivi était nécessaire », explique-t-elle.
C'est à travers les échanges au sein de la communauté qu'elle a découvert ces services, notamment lors d'une rencontre avec un agent communautaire qui lui a présenté les traitements nutritionnels, les services de santé et les bonnes pratiques alimentaires.
« Nous avons été très bien accueillis. L'agent communautaire était toujours souriant et disponible. Elle nous a expliqué l'importance d'une alimentation diversifiée et les moyens de prévenir la malnutrition », témoigne Minosoa.
Elle a ensuite participé à plusieurs activités communautaires organisées dans le cadre du projet SBC Nutrition. Les démonstrations culinaires lui ont fait découvrir de nouvelles recettes et l'importance de diversifier les groupes d'aliments dans les repas des enfants. Les contraintes économiques du ménage limitent encore sa capacité à reproduire régulièrement ces recettes à domicile, mais Minosoa s'efforce d'appliquer progressivement les conseils reçus.
Elle a également appris que le Plumpy’Nut, qu’elle voyait parfois vendu sur les marchés locaux, constitue un aliment thérapeutique essentiel pour les enfants souffrant de malnutrition. Elle ignorait auparavant que ce produit pouvait être obtenu gratuitement dans le cadre des programmes de prise en charge nutritionnelle.
Malgré les difficultés financières du ménage, Minosoa souligne l’implication de son conjoint dans l’éducation et la prise en charge des enfants. Ensemble, ils partagent de meilleures perspectives d’avenir pour eux.
Pour elle, l’éducation représente une priorité. Elle rêve de voir ses enfants poursuivre leurs études et réussir leur vie professionnelle. « J’aimerais que mes enfants aillent loin dans leurs études. Mon plus grand souhait serait que l’un d’entre eux devienne enseignant », confie-t-elle. De son côté, elle aspire à développer une activité commerciale afin de mieux subvenir aux besoins de sa famille.
Crédit photo : Minosoa et sa fille lors de notre rencontre dans le cadre de la mission de suivi de l'ONG TKI, juillet 2026.
Marie Claudia, 25 ans : « Malgré la maladie et les difficultés, je continue de rêver d'un avenir meilleur pour mes enfants »
Dans le fokontany de Masitafika, quartier Anadaza, Marie Claudia, 25 ans, mène un combat quotidien pour la santé et l'avenir de ses quatre enfants. Devenue mère pour la première fois à 15 ans, elle a traversé de nombreuses épreuves sans jamais perdre espoir.
Sa plus jeune fille, Mirana, âgée d'un an et sept mois, a été confrontée très tôt à la malnutrition. Affaiblie par la maladie, elle ne marche pas encore correctement. Grâce à un suivi nutritionnel régulier et à la prise en charge dont elle bénéficie, son état s'est progressivement amélioré.
Cette épreuve a été d'autant plus difficile que Marie Claudia a contracté la tuberculose pendant sa grossesse et l'allaitement, affectant sa santé et celle de son enfant. À six mois, face à une insuffisance pondérale sévère, Mirana a été admise au CRENI (Centre de Récupération et d’Education Nutritionnelle Intensif) pour des soins spécialisés. « Mon enfant était extrêmement maigre à cette période. Au CRENI, elle a bénéficié gratuitement de lait thérapeutique et de soins. Nous avons été très bien pris en charge. J’ai trouvé les services organisés, rassurants et très utiles », raconte Marie Claudia.
Les résultats ont été visibles : partie d’un poids d’environ 2 kg avant son admission, Mirana a atteint 5 kg puis 7 kg grâce aux traitements et à la consommation régulière de Plumpy’Nut, qu’elle apprécie particulièrement.
Au-delà des soins reçus, l’information et la sensibilisation communautaire ont également joué un rôle important dans le changement de perception de cette mère de famille. C’est à travers les échanges au sein de la communauté qu’elle a découvert les services de prise en charge de la malnutrition. Elle a également participé à une démonstration culinaire organisée par l’ONG TKI dans le cadre du projet SBC Nutrition financé par l’UNICEF en décembre 2025 . Cette activité lui a permis de découvrir de nouvelles pratiques alimentaires adaptées aux besoins des enfants.
Malgré ses contraintes financières ne lui permettent pas encore de reproduire toutes les recettes présentées, elle s’efforce d’améliorer l’alimentation de sa famille en intégrant davantage de légumes, notamment des carottes et des pommes de terre, dans leurs repas quotidiens.
Son conjoint l’a soutenu tout au long de cette épreuve notamment pendant le séjour de leur fille au CRENI. Aujourd’hui, malgré une légère toux persistante après six mois de traitement contre la tuberculose, Marie Claudia reste déterminée à avancer.
« Par rapport à mes enfants, je ne leur impose aucun métier. Ce que je souhaite avant tout, c’est qu’ils réussissent dans la vie et deviennent autonomes. Si possible, j’aimerais même que l’un d’entre eux devienne médecin », confie-t-elle avec émotion.
Crédit photo : Marie Claudia et sa fille lors de notre rencontre dans le cadre de la mission de suivi de l'ONG TKI, juillet 2026.
Justine, 40 ans : « La prévention et le dépistage précoce sont essentiels à la bonne santé des enfants »
Dans le fokontany de Vondrozo, Justine, mère de famille de 40 ans, veille chaque jour au bien-être de ses quatre enfants. N’ayant pas eu la chance de poursuivre ses études, elle continue néanmoins à rechercher les meilleures solutions pour assurer la santé et l’avenir de sa famille. Récemment, elle s’est inscrite au programme Zara Mira, un programme de l’UNICEF qui vise à soutenir les efforts de réduction de la pauvreté en encourageant l’investissement dans le capital humain à travers une protection sociale égalitaire et inclusive pour le bien-être des enfants incluant les personnes vivant avec un handicap.
Mariée à l’âge de 17 ans, elle a donné naissance à son premier enfant à 20 ans. Aujourd’hui, son plus jeune fils, Dolori François, âgé de 1 an et 1 mois, fait l’objet d’une attention particulière en raison de son état nutritionnel.
Dès l’âge de trois mois, l’enfant a été régulièrement emmené au centre de santé pour les séances de pesée et de suivi de croissance. Au fil de ces visites et des échanges avec les agents de santé, Justine a progressivement pris conscience de l’importance du dépistage précoce et du suivi régulier de l’état nutritionnel des enfants.
C’est lors d’un contrôle au Centre de Santé de Base (CSB), Dolori François a été identifié comme souffrant de malnutrition aiguë modérée. Il a alors suivi un traitement nutritionnel à base de Plumpy'Sup pendant un mois, atteignant un poids de 6 kg au 18 juin 2026. Face à la rupture d'approvisionnement en Plumpy'Sup, Justine n'a pas relâché ses efforts : elle a poursuivi l'allaitement et adapté l'alimentation de son fils avec les ressources disponibles au sein du ménage.
« Je suis satisfaite de l’accueil et de l’accompagnement assurés par l’agent communautaire et les agents du CSB. Ils nous reçoivent avec bienveillance et nous donnent des conseils utiles pour mieux prendre soin de nos enfants », témoigne-t-elle.
Au-delà du suivi nutritionnel, Justine a également pris part à une démonstration culinaire organisée dans le cadre des initiatives communautaires soutenues par l’ONG TKI à travers le projet SBC Nutrition. Cette activité lui a permis de découvrir des pratiques alimentaires favorisant une meilleure nutrition des enfants. Elle a également bénéficié d’une visite à domicile au cours de laquelle des conseils lui ont été donnés sur la vaccination et la santé infantile.
Si elle ne parvient pas encore à appliquer l’ensemble des recommandations reçues, Justine s’efforce d’adopter progressivement de nouvelles habitudes au sein de son foyer. Les sensibilisations et l’accompagnement reçus lui ont permis de mieux comprendre les risques liés à la malnutrition ainsi que l’importance d’un suivi régulier de la croissance de l’enfant.
Convaincue que la prévention, le dépistage précoce et l'accompagnement des familles sont essentiels à la bonne santé des enfants, Justine souhaite désormais partager cette expérience et ces messages avec les autres parents de sa communauté.
Crédit photo : Justine et son fils lors de notre rencontre dans le cadre de la mission de suivi de l'ONG TKI, juin 2026.
Les parcours de Minosoa, Marie Claudia et Justine illustrent une même réalité : la malnutrition infantile touche des familles aux histoires différentes, mais le dépistage précoce, l'accompagnement communautaire et le suivi médical régulier permettent, dans chaque cas, d’assurer une meilleure prise en charge des enfants. Portées par leur détermination, elles deviennent à leur tour des relais de sensibilisation auprès des autres parents de leur communauté, contribuant ainsi à la pérennité des actions engagées dans le cadre du projet SBC Nutrition.